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Qui se cache derrière la personne d’Henri Martre ?

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Charlotte Boëffard le 21 Novembre 2007

Henri Martre est l’un des pères fondateurs de l’Intelligence Economique en France. Son rapport en 1994 a interpellé vigoureusement l’économie et le gouvernement français. Pourtant, après un manque d’échos de la part des administrations françaises sur sa proposition de démarche stratégique d'Intelligence Economique, Henri Martre s’en est allé aux Etats-Unis et a rejoint le fond d’investissement Carlyle. Cette action a suscité la polémique.

Fonctions d’Henri Martre

Président honoraire de l’Académie de l’Intelligence Economique fondée en 1993, Henri Martre a rempli les fonctions de Délégué Général pour l’Armement auprès du Ministre de la Défense de 1977 à 1983, de Président Directeur Général de la société Aérospatiale de 1983 à 1992, puis de Président de l’Association Française de Normalisation (AFNOR) de 1993 à 2002. Durant son mandat au poste de Commissaire général au Plan en 1994, il est l'auteur d'un premier rapport sur l'Intelligence Economique intitulé « Intelligence économique et stratégie des entreprises ».

Le rapport Martre

Dans ce rapport, Henri Martre met l’accent sur le développement à différentes échelles (locales, régionales, nationales, intra-zones et internationales) des relations de « Coopération - Concurrence » (1) entre les nations et entre les entreprises. Il ajoute que cette évolution des relations suit un rythme effréné de logiques complexes et parfois contradictoires.
Face à ce constat, le Commissaire général au Plan met en lumière le retard du dispositif d'Intelligence Economique français « à l'heure où la compétition sur les marchés globalisés appelle l'urgence d'une mobilisation collective des capacités offensives et défensives des acteurs économiques ».

Henri Martre définit le concept d’Intelligence Economique comme : « l'ensemble des actions coordonnées de recherche, de traitement, de distribution et de protection de l'information utile aux acteurs économiques, obtenue légalement ». Dans une perspective d’application de cette définition au tissu économique français, Henri Martre invite l’ensemble des acteurs économiques à travailler en réseau et à se sensibiliser aux nouveaux défis du XXIème siècle. Cette remise en question globale du système économique attribue à l’Etat français, un rôle incitatif à jouer afin d’adapter la société française au concept d’Intelligence Economique.


Le départ d’Henri Martre et le début d’une polémique

Faute d'échos de la part de l'administration française sur sa proposition de démarche stratégique d'Intelligence Economique, Henri Martre se tourna en 1998 vers les Etats-Unis et rejoignit le célèbre fond d’investissement Carlyle, en tant que membre du «Europe Partners Advisory Board».
Le groupe Carlyle gère des capitaux provenant d’institutions financières et de fortunes privées dont par exemple, celle de la famille Ben Laden (Saoudi Binladen Group). Le groupe compte 535 investisseurs répartis dans 55 pays. Le siège social de ce fond d’investissement est situé à Washington D.C. et présente à son conseil d’administration de grands noms tels Georges Bush Père ou encore Franck C. Carlucci (Ancien Secrétaire de la Défense sous Reagan et ancien « Deputy Director » de la CIA sous Carter).
Dénoncé par la presse américaine et britannique pour trafic d'influence et même corruption, Carlyle s’est fait connaître en France pour ses tentatives de rachats du journal Le Figaro, de l’ancienne filiale d’EADS, Sogerma (Rachat par le groupe TAT : reconversion des avions civils et militaires de transports) et également de la société anonyme Thalès.
Le bureau de Carlyle en France a rapidement été identifié comme l'un des principaux relais de la politique américaine en France et en Europe. Le groupe Carlyle a réussi à tisser depuis plusieurs années un réseau d’influence en Europe issu du monde politico - financier. À la tête de ce réseau, on retrouve ainsi John Major (ancien Premier ministre britannique), Otto Pohl (ancien président de la Bundesbank) et Henri Martre (ancien Commissaire général au plan du gouvernement français).
Mise en cause par cette position d’interface entre les Etats-Unis et la France, Henri Martre a souvent été accusé d’user du double langage dans les nombreux postes stratégiques qu’il occupe actuellement :

Télécommunications et électronique :
  o France Telecom : membre du conseil d'administration et du comité stratégique
Construction aéronautique :
  o SOGEPA (holding d'EADS): membre du conseil d'administration
Transport aérien :
  o KLM : vice-président du conseil de surveillance
Construction automobile:
  o  Renault : membre du conseil d'administration et président du comité de stratégie internationale
Prospective économique:
  o Banque de France : membre du conseil consultatif.
  o AFNOR (Association française de normalisation) : membre du conseil
  (etc…)


Henri Martre, une valeur ajoutée française

Aujourd’hui, Henri Martre est reconnu, grâce à son rapport de 1994, comme l’un des pères fondateurs de l’Intelligence Economique en France. Toujours positionné au cœur du dispositif de l’information, le parcours professionnel d’Henri Martre dans le monde de l’Intelligence Economique justifie aujourd’hui ses interventions dans la presse française et tout particulièrement dans le nouveau blog du journal « Les Echos », dédié à l'Intelligence Economique. Lors d’une interview, en octobre dernier, au sujet de : l’Intelligence Economique au service des entreprises, "sensibles" et autres, Henri Martre affirmait qu’ :

« Une information n’a aucun sens si on ne la place pas dans son contexte pour vérifier sa véracité, sa cohérence, sa valeur ajoutée et si on ne la met pas en perspective dans son environnement. (…) Il devient passablement hasardeux d’opérer dans un monde où tout différencie les hommes, leur culture, leur comportement et les règles qu’ils observent et cela exige beaucoup d’expérience et de connaissances ».

Depuis le rapport Martre, la France a réagi face au nouveau contexte international et a mis en place l’outil «Intelligence Economique » au cœur de sa stratégie. Cette nouvelle dynamique a été, dès lors, suivie petit à petit par les différents acteurs de l’économie française.
Les connaissances et l’expérience de l’Intelligence économique s’acquièrent avec le temps même si la « vieille France » a toujours besoin de grandes références telles M. Martre ou M. Carayon pour en assurer le leadership.

 

(1) Cette notion sera reprise un peu plus tard et donnera naissance au terme de « Coopétition ». Nalebuff, B., Brandenburger, A. La Coopétition, une révolution dans la manière de jouer concurrence et coopération, Village Mondial, 1996

Références de l'article:

http://blogs.lesechos.fr/article.php?id_article=1424


http://www.academie-ie.org/

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