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Affaire Gemplus ou la « menace des Etats-Unis »

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Charlotte Boëffard le 28 Novembre 2007

La création et la Sucess Story de Gemplus

L’entreprise « Gemplus » fut créée 1988 par 6 ingénieurs de Thompson. Ces derniers décidèrent de fonder une société à la conquête du marché des technologies de cryptologie et de la carte à puce. Le démarrage de Gemplus sur le marché international fut fulgurant. Dix ans après sa création, l’entreprise Gemplus comptait 6000 employés répartis dans le monde entier et capitalisait un chiffre d’affaires de l’ordre de 200 Millions d’Euros pour un marché de 100 Millions de consommateurs. Ces résultats faisaient de Gemplus le leader du marché de la carte à puce. Ses clients étaient internationaux et seuls les américains n’avaient pas encore fait appel aux services de la société française, craignant de confier à une entreprise étrangère la protection d’informations d’intérêt national.

Entrée de TPG dans le capital de Gemplus

En 1992, l’entreprise Gemplus mit sur le marché financier une partie de ses actions. 8 ans plus tard, le fond d’investissement américain TPG (Texas Pacific Group) entrait dans le capital de l’entreprise avec 26% des parts de Gemplus, soit un investissement de 559 Millions de Dollars. Il s’afficha dès lors comme l’actionnaire principal de la société française. À la tête de ce fond d’investissement américain, Monsieur David Bonderman, lié au secteur de la sécurité nationale des Etats-Unis et ancien conseiller de Bill Clinton.
Grâce au positionnement d’actionnaire majoritaire, le fond d’investissement décida d’effectuer quelques changements d’organisation. En premier lieu, le siège social de l’entreprise fut déplacé au Luxembourg, ce qui le mit, dès lors, hors de portée du gouvernement français. Grâce à ce déménagement, l’entreprise put être « défiscalisée » du droit français et ainsi offrir aux américains l’accès libre aux brevets dont certains recouvraient des données directement liées à la sécurité nationale française (code de carte d’identité, comptes bancaires, renseignements militaires…). À cette annonce, la presse se saisit rapidement de l’affaire sans pour autant réaliser que le problème des brevets n’était en réalité qu’un écran de fumée mis en place par la stratégie du fond d’investissement américain et qui lui permettait ainsi de tenir à distance l’attention de la presse française tandis que ses agissements s’orientaient sur un autre terrain.


Les manœuvres stratégiques de TPG

Le fond d’investissement a en effet profité, à cette époque, de la remise en question de ses agissements au Luxembourg pour opérer tranquillement sur le site de Gemplus SA, localisé à Marseille. À l’insu de son Président Directeur Général M. Lassus, le groupe TPG organisa des inventaires complets des laboratoires du site français au cours d’un exercice d’audit et procéda, à l’ombre de tout soupçon, au début d’un transfert de l’équipe dirigeante et des laboratoires de recherche aux Etats-Unis. Cette manœuvre fut cependant révélée rapidement par une poignée de salariés du site qui avaient commencé à soupçonner quelques manœuvres frauduleuses de la part des américains mais n’avaient pas tenu informé le PDG de leurs doutes, croyant M. Lassus parfaitement tenu au fait, et en accord avec le groupe TPG. En effet, c’est ce même M. Lassus qui avait fait entrer quelques années plus tôt le groupe TPG dans le capital financier de l’entreprise Gemplus et qui par conséquent était tenu responsable de la présence des américains dans cette industrie de pointe.
Le fond d’investissement fut obligé d’abandonner ses projets et décida d’opter pour une autre stratégie en faisant entrer, en 2002 à la direction de Gemplus SA, un nouveau PDG américain du nom d’Alex Mandl.

Le nouveau PDG : Alex Mandl

Durant la présentation du futur candidat au poste de présidence, il fut naturellement omis de spécifier qu’Alex Mandl faisait alors encore partie de l’administration « d’In-Q-Tel » (Intelligence-Q-Télécommunication), le fond d’investissement privé de la CIA.
L’arrivée de ce nouveau PDG se solda par le départ de M. Lassus et le licenciement de la poignée de salariés qui surveillait les agissements des américains.
Dès 2002, l’administration de Gemplus fut entièrement pilotée par les américains, placés majoritaires à la direction de l’entreprise. Pour contrebalancer cette hégémonie américaine, seul Thierry Dassault représentait encore le camp français au conseil d’administration. Pourtant, incapable de réunir les actionnaires français pour contrer la main mise de TPG sur l’entreprise, M. Dassault reconnut rapidement que l’actionnaire américain possédait toujours une longueur d’avance (grâce aux services de renseignements privés de la société KROLL et du groupe BENS ) sur ses propres décisions et réussissait à réduire considérablement le champ de manœuvre français grâce à des décisions stratégiques toujours opportunes.

Adieu Gemplus S.A. !

En avril 2004, Thierry Dassault finit par abandonner le navire et donna l’occasion au fond d’investissement FPG de prendre le contrôle global de l’entreprise française Gemplus. Le passage d’un fleuron de la technologie française aux mains des américains avait finalement eu lieu.
Cette passation « obligée » des pouvoirs a donné accès, aux américains, à l’intégrité des données concernant les technologies de cryptologie et de cartes à puce. Mais le but visé dans cette prise de pouvoir global fut également l’accès libre aux bases de données intégrales, et donc aux clients de l’entreprise Gemplus.

Démantèlement et « L’Affaire Gemplus »

Depuis 2000, l’entreprise Gemplus SA a connu un démantèlement progressif de son organisation avec deux principaux plans sociaux pour les employés répartis dans le monde et plus précisément en France. Poursuivie par la commission des finances à partir de 2003, l’entreprise s’est vue infliger plusieurs amendes liées à l’opacité totale de sa gestion.

La prise de pouvoir d’une entreprise stratégique française par un fond d’investissement américain s’est gravée dans tous les esprits et est devenue en France « l’Affaire Gemplus ».
Cette affaire a ouvert les yeux à bon nombre de français qui désormais cultivent une méfiance paranoïaque à l’idée que des fonds d’investissement tels : FPG, Carlyle ou encore American Capital Strategy possèdent des parts financières importantes en France dans les secteurs stratégiques qu’occupent :
- l'opérateur européen de satellites de télécommunications Eutelsat (Concurrent direct du système GPS américain), l'industrie, la presse (le Figaro), l'immobilier ou encore l’entreprise Synodys, spécialisée dans la détection de risques nucléaires.


La nouvelle doctrine de sécurité économique

L’affaire Gemplus est une parfaite illustration du redéploiement des intérêts américains suite aux attentats du 11 septembre. Le renforcement de la doctrine de sécurité économique des Etats-Unis s’est fortement développé depuis 2001 et a pour but précis de rediriger les intérêts technologiques du monde entier vers « l’Oncle Sam », afin de dresser des barrières de protection infranchissables.
Face à cette boulimie américaine de technologies, Alain Juillet veut riposter et propose de mettre en place un arsenal de défense pour l’industrie liée de près ou de loin à la Défense et à la Sécurité nationale de France. Cet arsenal pourrait être constitué, entre autre, de réglementations des acquisitions étrangères pour les sociétés françaises.
Cette proposition est le reflet même de la loi des Etats-Unis, aussi, beaucoup s’interrogent sur le bien fondé du terme « protectionnisme » dans un pays libéral comme la France. Une chose est sûre, Bruxelles n’est pas prêt de donner son aval dans cette histoire !

 

Sous le mot clé : « Affaire Gemplus »
http://www.lexpansion.com
http://www.lesechos.fr
http://www.lemonde.fr
http://www.infocrise.org/article.php3?id_article=34

 L'affaire Gemplus en images:

 

 

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